Oakley

J’aimerais ré-actualiser le petit hommage rendu à Oakley ma jument Paint horse avec qui j’ai partagé plus de 20 ans de ma vie.

Elle est partie en 2011 mais est restée en moi jusque la. Elle me manque à moi ainsi qu’à beaucoup d’autre personne.

Voici son histoire:

Lors de ma fin de scolarité obligatoire j’ai filé au Etats Unis, plus précisément en Arizona pour une longue période de presque 8 mois histoire d’aller enfin “chez moi”. J’ai atterri dans un centre équestre qui enseignait l’équitation western et anglaise, le tout entouré d’un élevage de Paint Horses le “Shady Hollow Equestrian Center”. J’y ai travaillé tous les jours en tant qu’écuyère et enseignante western principalement.

Ils y faisaient entre autre travailler des poulains pour des concours de beauté et des concours de Trail pour poulains. On allait souvent participer à des concours en tout genre avec nos “produits”…

Lors de l’un de ces mégas – show à Phoenix, il y avait aussi des concours de modèles et de petits poulains étaient présenté en mains, brossé, shampoigné, clipé…

Loin de toute vie normal de cheval,  séparé de leur mère à seulement parfois 4 mois!

Je trouvais cela terrible mais tout cela paraissait tout à fait normal pour les « amoureux et passionnés de chevaux » qu’ils étaient tous. Je pris le plus étrange de ces poulains en photo, une pouliche quasiment blanche et rose puis nous sommes rentré à Yuma. Moi, perdue dans mes pensées, jusqu’où sont ils capable d’aller dans l’exploitation de ces animaux.

Deux semaines plus tard un camion arrive au centre et livre un petite pouliche « paint » de couleur « overo palomino », on aurait dis un fantôme tant sa couleur était pâle. Elle était seule et terrorisée, une fois enfermée dans un box climatisé, je la regardais longuement et je m’excusais auprès de ma race.

Et enfin je réalisa, c’était la pouliche étrange de Phoenix ! Celle la même que j’avais prise en photo. Je la trouvais carrément moche. Sa tête rose et ses yeux bleu ciel avaient quelque chose d’effrayant, de fantomatique. Elle paniquait tellement que je finis par entrer dans son box pour essayer de la calmer un peu.

Elle colla immédiatement sa tête contre moi. Et se calma instantanément. Troublant instants.

Dès ce jour, croyez le ou non,elle ne me quitta plus une seconde. Tout les matins j’arrivais avec l’envie d’être avec elle et elle avec moi. J’ouvrais sa porte, elle sautait dehors comme une folle,  puis me suivait en toute liberté toute la journée, comme le ferait un chien. Ou un poulain avec sa propre mère…

J’ai donc passé 4 mois avec un poulain en liberté qui ne me lâchait plus. Personne n’avait jamais vu pareil relation. Les médias locaux sont même venu nous filmer et m interviewer pour comprendre et vendre un peu de papier.

 

Avant mon départ pour la Suisse, la propriétaire de « Skip Along Rita » décida de me la donner.Elle ne pouvait décemment pas nous séparer. Elle même n’ayant jamais vu pareil relation entre un cheval et un humain.

 

Ce ne fut pas évident, beaucoup de téléphone et de paperasse officielle le tout en anglais et lorsqu’on a 16 ans à peine… je du aussi et surtout téléphoner à ma mère pour lui demander de m’avancer de l’argent et de la confiance, ce qu’elle fit sans hésiter.

Et nous voilà, « Rita » re-batisée « Oakley » et moi, toute les deux dans un camion de transportation gigantesque, en route à travers les USA pour 2 jours et une nuit. Je ne la lâchai pas une seule seconde restant avec elle dans la stalle de transport, refusant obstinément d’aller m’installer en cabine, à la fin du voyage, aux alentours de San Fransico, mon corps et ma tête continuèrent à trembler pendant encore deux bonnes journées !

Nous sommes ensuite restée au « Easton Ranch » pour une période de quarantaine de près de 40 jours.

La encore je suis resté à côté de ma pouliche, mais après 4 jours je me décidais à aller dormir dans un vrai lit.  Là bas j’ai pu m’entrainer au cutting, discipline de tri du bétails. Mais je me suis surtout énormément ennuyée, au point de lire environ 8 « Daniel Steel » roman à l’eau de rose anglais, moi qui n’aimais ni la lecture et encore moins l’eau de rose…

Le jour du départ était une véritable délivrance pour moi, l’aéroport fut impressionnant, il fallait mettre les 3 chevaux dans une “boite”, Oakley ne voulait plus être transportée, la pauvre, comme je la comprenait. J’avais envie de lui expliquer pourquoi je lui faisait faire tout cela, pour avoir une vie de cheval, avec des amis, de la vrai herbe, le la boue, plus de couvertures, plus de longe au soleil avec des colliers à sudations, plus d’air conditionné, plus de tonte de ses poils tactiles, plus d’attache la tête en l’air pendant des heures, plus de vernis à ongle et shampoing journalier plus de toute cette folie humaines. Juste la possibilité d’être un cheval. J’avais envie de lui dire tout cela.

 

 

Lors de mes vingt années passées auprès d’elle, j’ai appris. J’ai fait de nombreuses erreurs

Car j’ai écouté des humains.

Je lui ai mis un mors, des tractions (sortes d’enrênnement western) lui ai appris des choses dont elle n’était pas faite pour. Elle a connu les éperons.

De mon côté je faisais mon possible pour qu’elle redevienne un cheval.

Mais je n’ai jamais vraiment réussis. Elle n’a jamais été capable de comprendre quoi manger, qui respecter, comment dialoguer avec ses semblables.

La plus grand leçon qu’Oakley m’apporta c’est que si l’on vole (ou viol) l’esprit d’un cheval trop jeune, ce dernier ne peux le récupérer entièrement. Il est perdu. Volé. Détruis. Humanisé.

Ma jument s’est éteinte à 20 ans dans mes bras, elle était diagnostiquée naviculaire avancé, pour ma part elle avait assez donné. Je n’avais aucune envie de lui faire subir une soit-disante « retraite » avec cette douleur permanente dans les 4 pieds.  J’avais déjà fait bien assez de dégâts comme ça. Merci Oakley.

Et voici mon petit hommage

“Voilà,
un petit mot pur vous dire qu’Oakley ma jument, à rejoint, Wingo, Winchikala et les autres au pays ou il ça ne fait plus mal …
Elle a été mon amie, mon cheval western, mon cheval indien, mon prof, mon souffre douleur… elle m’a peut être pardonné mes erreurs, mes envies, mes frustrations…
Elle a permis a un très grand nombre d’entre vous de retrouver confiance et d’apprendre la finesse…
Elle m’est tombée dans les bras il y a de cela près de 20 ans, petite pouliche d’Arizona de la même couleur que le sable… destinée au concours de beauté et au boxes climatisés sans pâturages, tu sera devenue une jument suisse, avec boxes ouvert sur de riches pâtures et de nombreux copains avec qui vivre, tu as été amérindienne et cow girl, de concours et de leçons, de ballades et de performance en ville, de travail et de jeux!
Tu m’a laissé te monter avec pour tout matériel, une cordelette autour du coup, du m’a tout donné.
Auprès de toi lors de nos dernières minutes ensemble… j’ai appris plus que tout le reste de ma vie auprès des chevaux.
Que reste t il de nos performances? Que reste t il de nos premiers prix? Que reste t il de nos longues heures de ballades et de travail?
Maintenant, un simple caresse prend tout son sens… un regard, une pomme… jouons une dernière fois… j’ai entendu.
Merci.
Esh Pewa”

6 Responses to “Oakley”

  1. caroline

    Bonsoir, magnifique hommage… j’ai été très touchée par celui-ci… belle jument…

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  2. Mary

    Expériences, Lecons de vie partagées pour nous apprendre ou nous rappeler les dangers de nos actions. Merci pour tous nos amis chevaux.
    NB: si tu passes dans le pacifique, contacte moi STP
    Mary

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  3. raymond

    Que dire,si ce n est se taire et écouter ce que nous dit ce magnifique texte sur un être que j ai aussi eu le bonheur d approcher-réré

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