Lettre d’une auditrice à un stage de “Lecture”…

Lettre intéressante reçue d’une participante à mon dernier stage de “lecture comportementale du cheval”:

“Bonjour,

Je ne peux résister au besoin de vous faire part des pensées ci-dessous.

J’ai arrêté de monter pendant presque 15 ans, à l’aube de ma vie d’adulte. Le milieu intellectuel et artistique que je fréquentais à l’époque trouvait ce loisir peu glamour, un truc de riches sans goût. Et moi, à l’époque, j’étais prête à nier mon être profond pour me faire accepter.

Quand j’y suis revenue, il y a peu, je me suis demandée comment j’avais pu vivre toutes ces années sans le bruit d’un cheval qui mastique, sans le souffle de son nez sur le dos de ma main… J’ai senti un appel profond de ces êtres, comme si mon être était de la même forme qu’eux…

Et je me suis emballée: l’équitation s’est beaucoup développée, énormément de choses intéressantes sur le net, tant d’élévages vendant des animaux magnifiques… “oui, c’est ça, c’est un PRE que j’acheterai, et je vais suivre ces cours, faire ce stage, faire comme ci, faire comme ça, oui oui à l’époque j’étais une idiote gamine, je ne comprenais rien, maintenant c’est sans mors que je monterai et tatati et tatata…”.

Et puis j’ai eu cette douleur au fond du coeur, j’ai senti et vu: je ne peux pas faire ça. Ces animaux, on doit les laisser tranquilles. Et tranquilles ne signifie pas forcement ne pas faire d’équitation du tout, mais pas loin.

J’ai dû m’arracher ces envies d’acheter l’âme d’un animal et d’en faire ce que mon ego avait besoin… et je me dis aujourd’hui que si j’achète un cheval ce sera seulement dans des conditions permettant que son organisme respire, et que nous ayons une relation. Même si cela doit signifier ne jamais lui monter sur le dos.

Et je me suis demandée pourquoi je ressentais cette douleur profonde en réalisant que l’équitation est au fond dès le départ une démarche (presque) complètement fausse. Pourquoi suis-je triste de réaliser que monter mécaniquement/sportivement/sans conscience ou attention, fréquenter un manège et acheter du matos dernier cri ne rime à rien?

J’ai participé avec bonheur à votre stage, et j’ai bien senti que vous aussi, on voulait vous acheter: vous acheter comme étant douée de tel ou tel talent, à la mode, ou que sais-je. Mais vous acheter. Ou vous collectionner. Comme on dit “j’ai fait la Thailande” quand on parle de voyages (les voyages de quantité, d’accumulation, toutes les années pour se dire que ce qu’on trime au job sert à quelque chose) on peut frimer en disant “j’ai été au stage de V. Bernhard”.

Pourquoi veut-on toujours posséder ce qui est beau? Pourquoi veut-on acheter, posséder et enfermer un magnifique étalon ou une jument pleine de spiritualité, pourquoi ne pas les laisser tels qu’ils sont là où ils sont?

Pourquoi ne pas vous laisser dérouler votre stage comme vous le sentiez, et ne pas “exiger parce que j’ai payé”?

Les chevaux que j’ai vu étaient pour la plupart éteints comme nous les sommes nous autres êtres humains dans l’enfermément que nous nous créons. Psychologue de formation, j’ai été sensible à votre argument du mal être des chevaux qui ont à subir le mal être (ou disons les tics psychologiques) de leurs propriétaires. Les chiens et chats neurasténiques de nos villes confirment cette hypothèse.

Cela va dans le sens du lien profond que je ressens entre tous les éléments du vivant, celui qu’on occulte en oubliant de regarder un cheval dans les yeux et de lui dire bonjour comme à autre chose qu’à un tas de viande servant à satisfaire les pulsions profondes qui nous incitent à le ligoter pour le faire mouvoir d’une manière supportable par nous.

Sans même parler de toute la peur qui nous lie à eux, peur qu’ils soyent grands et beaux. Pas le courage de les laisser être dans toute l’étendue de leur personnalité, alors que je suis certaine que si on les laissait être jusqu’au bout d’eux mêmes ils ne nous écraseraient pas.

Mais cette attention à l’autre est rare, même entre humains.

Votre rencontre, votre stage, m’a cependant incitée sur la voie de vouloir continuer à la rechercher.

Je veux penser que je pourrai continuer le chemin de vie intime qui relève pour moi plus du développement de soi que de la maîtrise d’un animal.

Mes salutations sincères.
Valentina ”

Esh Pewa

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