La Magie de Voltige

La magie de Voltige

Après une grosse année bien remplie de travail assidu au manège de Martigny afin de remettre en confiance chevaux et cavaliers (et non cavaliers) et de les soulager de certains maux, voici le mois de septembre qui arrive et je me dis : « Virginie tu en a assez fait cette année, repose toi un peu cet hiver ! »…

 

Je prends alors la décision de ne plus prendre de chevaux en soins. Mais étant ressponsable de mon ami cheval Quirinal cet hiver et donc étant dans l’incapacité de partir « au Sud » cet hiver, je me surveille de près, car cela commence toujours par un premier cheval et puis….

 

Le téléphone sonne et une gentille dame me demande de l’aide pour son cheval, j’ai pourtant l’habitude de ce genre de coup de fil… je l’écoute attentivement comme à chaque fois. Puis lui répond que je ne prends plus de chevaux cette année jusqu’à avril l’année suivante. Fière de mon aplomb, je retourne à mes occupations.

 

Elle me rappel, toujours aussi motivée à l’idée de m’amener son cheval nommé Voltige (un nom prometteur pour rester « au chaud » cet hiver…)  elle a vraiment l’air désespérée et me demande juste un « devis » afin de savoir ce que son cheval va devenir.

Je craque et lui octroie une semaine au tarif d’urgence et ce uniquement dans le but de lui donner mon avis sur ce cheval au bout d’une semaine et non dans le but de résoudre quoique ce soit.  Car non je ne craquerai pas. Je dois me refaire une santé et me reposer cet hiver, de plus, je ne suis franchement pas très efficace dans le froid.

 

Le cheval arrive sous sédation directement du Tierspital de Berne et n’est vraiment pas beau à voir. Il est musclé (si on puis dire) à l’envers et de manière complétement déséquilibrée (mon ostéo n’en reviens pas). Voltige ne donne pas les pieds (mais alors pas du tout !), tire au renard très violemment, et ne supporte pas la brosse. Au boxe il est très anxieux et garde constamment la tête en haut, bref rien est simple, un cheval sauvage m’aurait paru ultra simple en comparaison.

 

Ses Propriétaires m’apprennent qu’il a été en pension – débourrage en France pendant environ 8 mois, mais que les écuyers n’ont pas réussi à lui mettre une selle sur le dos ! Pour le reste c’est le cheval qui me donnera des infos sur ce qu’il aura vécu là bas. ( …)

 

Ensuite il est revenu (toujours non dressé) en Suisse et les pauvres propriétaires n’ont pu que constater les dégâts. Ils ont alors mis leur cheval entre les mains d’une spécialiste de chevaux plus compliqués qui a, à son tour, échoué dans l’idée de lui mettre une selle sur le dos. Expliquant que ce cheval devait être fou et que rien n’y ferait.

 

Les propriétaires, toujours pas démonté par ce nouvel échec, on finalement entendu parler de mon travail et nous voilà arrivé au fameux coup de téléphone.

 

Bien sûr, vous l’aurez compris je n’ai pas gardé Voltige qu’une semaine…  peut être à cause de mon ego ou peut être simplement le challenge ou la curiosité? Ou serais-ce que Voltige m’a dit en me regardant dans les yeux, un jour dans son boxe, ses yeux rempli de terreur et d’incompréhension ? Ce sentiment très fort du cheval me demandant, mais que diable voulez vous de moi ? Je ne comprends rien, j’ai mal et … j’ai peur.

Cela fait maintenant 3 mois et demi que voltige est auprès de moi, il a reprit du poids, se remuscle doucement, donne les pieds, se laisse attacher, brosser, longer, et même seller.

 

Il a encore quelques démons qui lui tape sur les fesses de temps en temps mais plus rien à voir avec le cheval paniqué du début. Il lui faut du temps, car on n’efface pas 10 mois de travail « à l’envers » en claquant des doigts. Surtout que ces mois étaient décisifs pour un jeune cheval de 4 ans,( il en a maintenant 5)

 

Il y a eu plusieurs phases, la première était la phase de panique, impossible pour lui de coopérer. Ensuite la phase de peur, difficile pour lui de comprendre sans retomber dans ses craintes. Puis la phase des habitudes, cette phase étant la plus longue et la moins valorisante, car il faut lentement « effacer » les conditionnements de fuites. Arrive alors la phase de colère, en effet, souvent sous un cheval très craintif il y a une « raison » à cette peur ; soit cette peur est une partie de son caractère originelle, dans ce cas elle est vite maitrisable ou vite accentuée, soit ; elle est le fruit d’une longue lutte qui s’est terminée par une abdication et une perte total de confiance en soit.

Dans ce dernier cas de figure,  il y a souvent au départ un cheval peu soumis et sensible, ce fameux cheval qui ne rentre pas dans les « rangs » il se confronte alors souvent à la « colère » de l’écuyer qui va tout faire pour plier ce « mauvais » élève.

Ce qui donne lieu à de terribles conflits inégaux au vu des moyens de coercitions inventés par l’homme depuis belle lurette afin de plier l’animal à son désir.

Dans ce genre de conflits, il n’y a qu’un vainqueur.

Et le cheval ne devient plus que l’ombre de lui même, totalement cassé.

 

Voltige lui, n’a pas complétement abdiqué, je le sais, je le sens. Il a encore peur, il se dérobe toujours, fuit constamment.  Suffisamment pour que les écuyers décident de laisser tomber. Il doit avoir un sacré caractère la dessous !

Me voilà au point zero ou devrais je dire au point  -100 !

 

Mais la dévotion et la motivation de ses propriétaires pour tout faire pour lui redonner envie de vivre me motive au plus haut point, ces gens qui ne se démontent pas même après tout ces mois et toutes ces dépenses.  Ils veulent juste qu’il aille mieux ! « tant pis si on ne peux pas l’emmener en concours, même si on ne peux pas le monter mais on voudrais au moins qu’il soit bien ! »

 

J’entend souvent les gens dire que je fait de la magie avec les chevaux… mais je ne fais que mon travail, celui d’aider Voltige à aller mieux, dans son corps mais aussi et surtout dans son esprit, lui apprendre à redonner confiance, à jouer à aimer se déplacer avec nous, mais cela reste mon travail.

 

La magie c’est lorsque les gens comprennent.

 

Lorsqu’ils comprennent ce que leur cheval leur demande et lorsqu’ils comprennent que parfois il faut du temps.  Car il y a des phases à passer. La magie c’est lorsque l’écuyer, le propriétaire et le cheval se comprennent simplement.

 

Esh Pewa

 Virginie Bernhard

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